• Frédéric Paris

Mozart, ce gros con: Amadeus de Milos Forman, 1984

Mis à jour : févr. 19


Matez l'objet avant de lire ou tout simplement avant de vivre.


La posture immense que s'est donnée Salieri vis-à-vis de l'amour et de la haine est d'un risque existentiel bellissime. Il ne choisit pas la haine, ni l'amour, mais vit plutôt les deux à la fois, et ce en parfaite harmonie, au potentiel maximum de ces entités antinomiques. Il y a chez lui une fragmentation nette du soi qui devient des sois incarnées en simultanée. C'est là ce qu'on appelle l'acting psycho-formel:


Murray Abraham en frasque gestaltienne à l'image de Salieri dans Amadeus. Avec une intelligence émotionnelle suffisante, vous serez en mesure de percevoir tour à tour haine et amour dans ce regard.

La frasque d'Abraham schématisée zoologiquement pour ceux qui n'ont pas d'émotions autres que celles induites par le véganisme.


De cet état de fait, le vrai Maestro d'Amadeus permet à son être d'incarner le meilleur et le pire dans la cohérence la plus totale, dans la confusion la plus sublime, celle-ci incarné par la figure divine dans le film. Ah! Dieu; quel bawler.


Le mec aime Mozart d'un amour monstre, et il le hait d'une haine angélique (meilleure oxymore originale de 2019 jusqu'à présent, #BukakePoétique).

De cette manière, le Salieri aussi salié que sucri du film écrase Mozart de son génie de vivre en se faisant éclipser par le génie de ce dernier à s'extirper du cadre humain ordinaire, car Mozart est bel et bien un carniopage à faire frémir eu égard à son bête talent inappréciable de sa vasteté d'un côté, et de sa bête personnalité inappréciable de sa connerie de l'autre, faisant en sorte qu'il serait terrible de maladresse de se comparer à lui sans être soi-même une chimère.


Mais la fragmentation du soi n'est pas un acte de chimérisme. En réalité, l'acte chimérique n'existe que par abus de langage, car dans les faits, le chimérisme n'est qu'un état tandis que la fragmentation du soi est sans nul doute un acte, un geste grandiose qui nécessite une brillance particulière.


Notre compositeur looser a de cette brillance, et c'est ainsi qu'il morcèle son égo avec adresse, se permettant même d'instrumentaliser les sous-égo (dé)générés, notamment en singeant leur succès. Je veux dire par là qu'en mettant ces égorilles à gros biscoteaux derrière les barreaux, tout ce qu'il reste à faire au bon maton-balkaniste, c'est de balancer des cacahouètes par-ci par-là aux loubards les plus ahuris.


Tout ça pour dire que Salieri est un sacré maton-balkaniste bien balèze niveau stock de pinottes.


En d'autres mots, pour faire simple: il est possible d'être plusieurs personnes à la fois tout en restant soi-même. Ouais.


Oh! et Mozart... Ce gros con! J'adore.

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