• Frédéric Paris

Jean Leloup: Squatteur de maison hantée

J'ai récemment confessé à un organisme hyperphotogène que je n'écoutais plus la musique foutraquement entassée dans le sac spinal de mes vies (h)antéintérieures.


Tout ça parce que par un bon jour de 2017 (vous savez un de ceux où la frime s'enfile la brime identitaire comme des p'tits bonbecs?), la décision fût prise de sans cesse renouveler l'embargo du pactole acoustique qu'auparavant je mourrais d'envie de couler dans le moule de mes tympans.


Mais cette envie de forgeron ne faisait jamais long feu, et c'est souvent l'air blasé que je perdais l'étincelle oculaire en ouvrant les globes pour m'apercevoir que mes lingots ne pesaient en fait qu'1 kilo d'or... des fous.

Lingot de pyrite, disponible à l'achat pour 25€. À titre de référence, c'est 42 530 € pour l'équivalent légitimement doré. Entre vous et moi, mieux vaut attendre les soldes.

Traduction: la musique que je considère absolument géniale aujourd'hui, je la trouverai sûrement méprisable demain.



Dernièrement, j'ai passé à travers plusieurs moments difficiles, et par soucis d'auto-destruction des principes abrutissants que je sculpte tendancieusement de mon ennui en vogue, je me suis farcis du piment farcis au chili chaud.

RHCP BB. (Red Hot Chili Peppers Baby.)

Anthony Kiedis, Flea et John Frusciante sur scène lors de la tournée légendaire de 1999.

Eh oui! Mon groupe de chevet lorsque pris d'adolescence. En 2010, je portais en moi l'intime certitude qu'ils étaient les plus grands musiciens du monde.


Imaginez, à 15 ans, c'était tout le bagage culturel que j'avais accumulé. Jumelé à la sommes de toutes les qualités d'arbitre du bon goût qui m'habitaient, on a à peu de chose près l'équivalent d'un chroniqueur culturel compétent à la juste mesure du Québec. Il fallait être un peu con quand même...


Comme quoi, je suis le même homme à bien des égards, et je crois qu'il n'y a pas de meilleure façon de vous convaincre que mon jugement est absolument crétin. Faites plutôt confiance aux chroniqueurs de Radio-Canada. Sans mauvaise fois. Sincèrement. Peace.


J'ai pu faire découvrir le groupe à ma fille adoptive. Du haut de ses 8 ans, ç'a passé le test de l'écoute passive; elle ne m'a pas demandé de faire condamner la tête de lecture. Ni plus ni moins.


C'est cette petite fille que j'ai partiellement perdu il y a quelques semaines... Histoire de couple. Ni moins ni beaucoup moins. Mais vraiment plus. Nous y arrivons. Mais ne vous inquiétez pas, aucun drame à l'horizon.


Plutôt du sox on cox.


Quelque part dans le boisée de Marly en 2011, par un bon mercredi midi, 2 ados desquels je faisais parti ont couvert leur zobi exactement comme ceci. À l'époque, je pratiquais déjà le journalisme de terrain. J'ai toujours été à la recherche de la vérité tout(e) nu(e).


Donc, où en étais-je? Ah! c'est vrai, le drame de ma vie. Vous allez voir, c'est un peu nul.


(Si vous n'avez pas besoin de lire des trucs nuls, je vous rappelle qu'il est en tout temps possible d'interrompre votre lecture et de faire quelque chose d'important à la place.)


Tout allait toujours plus mal dans la teuf perpétuelle de ma calebasse.


Je conjuguais les vies comme jamais, tentant de les accorder en toute justesse au temps et à l'espace qui les faisaient être.


Guide touristique flamboyant, artiste raté, cuisinier déprimé, livreur pépère, super-beau-papa, bouffon du roi stupide-con (et oui, c'est de toi que je jacte Mzungu Shao), tuteur-imposteur faute de grammaire, ex au carré de manière diamétralement opposée, léger endetté ahuri, cavalier hivernal d'un vélo-déchet qui couine sans cesse qu'il déteste la saison givrée et qui en signe de protestation syndicale me claque des éclatements pneumatiques aussi périodique qu'un Châtelaine, errant existentiel en quête de swag, homme maudit par l'ubiquité de cette teuf psychique délayée de bonheur tarte au citron, et cetera.


Et là je sens que je vous aies bien chauffé pour Jean Leloup, attention ça arrive...


Un jour, en invertissant des burgers (question de blé enrichi sans-gluten), le zinzin d'un des mes copain-copain m'a filé le gourdin sans consentement en interprétant Le paradis perdu de La vallée des réputations de Jean Leloup de 2002 d'Audiogram de Montréal de sa race.


Oh! Et détail important: je déteste Jean Leloup.


J'avais des souvenirs consternant de cet album assez unique dans la discographie de l'énergumène en question... Un album d'où surgit comme en pleine nuit les pointes d'un soleil réprimé par le devenir; les rayons d'une maturité absurde étonnamment dévoilés sous le contre-jour de la folie.


Et là vous me direz:


«Wô galop Fredo. John the Werewolf only howls under the halos of a full fucked up moon. La maturité est un nom féminin: Jean la nique comme une milf. C'est là la seule sagesse qu'il aura le plaisir de palucher, Dieu soit loué.»

Qui veut des patouilles?

D'une certaine façon, je suis d'accord avec eux. C'est tout.


Du moins je l'étais avant de me mettre à jour sur le destin du personnage, car Jean Leloup ne semble plus être ce que l'on appelle communément, dans le monde francophone, un fourreur de mère.


Honnêtement, j'ai été surpris par la sapidité rédemptrice de ses dernières sorties publiques. On parle ici de la rédemption d'un Perrier citronné et complexé de son effervescence, un Perrier qui après toutes ces années passées à geindre de ses bulles sur la table d'honneur du pow-wow aurait finalement sonner le glas de la frémissance.


Entre cette entrevue tournée au lancement de La Vallée des réputation et une autre enregistrée il y a quelques mois, on a un océan Atlantique du 14e siècle. Mais ce qui surprend le plus, c'est l'intuition leloupéenne de l'Amérique avant même d'y mettre les pieds, car il semble évident que l'auteur de La vallée des réputations est le canidé de 2019, et pas celui de 2002.




Pour info, c'est à la fin de mon adolescence que j'ai sacrifié un des plus beaux oriels de ma conscience pour permettre à ce sage à double-visage de désencastrer les lieux avec théâtralité, trait qui lui est si cher. Ça s'appelle le savoir-vivre-sans-dessein, car comme vous vous en doutez bien, je reste avant toute chose un enfoiré de gentleman.


J'ai depuis suivi avec mésestime l'actualité du mec. Mais comme dit, j'avais visiblement tord parce qu'il a l'air de se tenir plutôt bien, même si artistiquement c'est heureux, donc simple et... beau.


Donc nul à ièch pour quelqu'un qui cherche un peu de swag dans le fond de sa poche.

De la musique à émotion quoi...


Mais revenons au fil conducteur.

Je me suis finalement retapé La vallée des réputation après toutes ces années. Un 6/10 honnête.


Quelques soirs plus tard, je gardais enfin ma fille pour la première fois en quelques jours. Elle lisait dans le salon et je faisais la vaisselle. Sans mentir, c'était mortelle! Une boum d'enfer!


Pour bien mettre l'ambiance, j'ai demandé à google de me jouer Je suis parti. Google est aller chercher la guitare dans le placard de son serveur et a commencé à gratter avec l'authenticité émotionnel d'un homme pris de chagrin.



Le texte.

Tous ses mots étaient restés gravés dans ma mémoire après ces 8 printemps d'abstinence Leloup. J'ai murmurer les paroles tout du long. En pleurant.


Pour la première fois depuis si longtemps, je ressentais quelque chose d'élémentaire en écoutant de la musique à charge émotionnelle. De la belle petite chanson, tout simplement... Mais mon coeur n'en ai pas resté là; un twist a tout de même plongé dans cette affaire histoire d'accentuer l'eau citronnée aplatie.


Ce quelque chose d'élémentaire, je le vivais sur deux piste en simultané. Un mixage stéréo-affectif, en ce sens où le texte et la mélancolie de la musique faisaient concurremment appel en moi à 2 uniques situations squattant vividement la maison hantée de ma tête, refuge de la bamboula m'animant.


Représentation artistique de l'état des lieux dans ma tête.

Les ex². Elles avaient titillé votre curiosité n'est-ce pas? 2 ruptures en 2 mois, les voilà les croustilles. L'une découlant d'une relation déontologico-acharnée de 3 ans, l'autre d'une tentative de fusion séraphico-existentielle incapable d'alliage en 4 semaines.


Que cette chanson vienne fondre des liens entre l'hétérogène de mon Être m'a décontenancé, c'est-à-dire m'a fait foutre le camps de ma contenance avec une politesse de grand cru. Chaque phrase pouvait s'appliquer à l'une ou l'autre des situations.


Parfois à l'unisson en mettant de l'avant un constat affectif identique entre des situations identiques. En effet, peu importe la rupture dont on parle, « La plaine est morne sous la pluie, nuages bas, le temps est gris »


No comment.

Parfois en harmonie lorsque la même prose traitait des 2 situations de manière distincte tout en stimulant le même sentiment chez moi.


« Comme le bourreau coupe d'un coup Du condamné le pauvre cou. »


En effet, les deux relations ont donné lieu aux mêmes symptômes de guillotinie cardio-vasculaire au 2e degré tout en répondant à des modalités qui étaient contraire au niveau de l'étiologie.


Puis finalement, parfois en disharmonie quand une suite de mots simples divaguait de figure en figure, donnant naissance à plusieurs émotions contrastantes au regard des différentes faces de la médaille truquée.

« Et j'ai erré et voyagé Et même si je pense à toi À toutes les heures de la journée Et même si je pense à toi Jamais je ne reviendrai. »


En effet, on a ici une tension totale, car je pense bel et bien à ces 2 femmes à toutes les heures de la journée, mais pour des raisons qui n'ont rien à voir. D'un côté pour tout le malheur qu'est capable de créer la bonne intention cardinale d'une vie pseudo-kantienne a posteriori, de l'autre pour tout le bonheur qui peut naître mort-née de l'union de 2 âmes jumelles à tendance manichéenne.

(Des deux j'étais le jumeau maléfique bien sûr (clin d'oeil suivi d'un sourire))!


Et c'est dans le même ordre d'idée que je ne reviendrai pas dans les 2 cas.

Retour à l'harmonie? Si ça l'est, c'est une harmonie bien mineure...

Imaginez donc vivre ces séquences d'unisson, d'harmonie et de disharmonie, le tout s'enchaînant de manière si prompte, si naturelle. Tout ça de la plume d'un homme que je croyais un peu... un peu foubraque, mais pas dans le bon sens.


J'ai désormais un grand respect pour lui, même si sa musique à émotion n'est bonne qu'à émouvoir les connards. Et j'aime d'amour les gens qui me ramène à ma nature de connard sans le moindre génie.

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