• Frédéric Paris

3 effets extraordinaires du TETRIS sur notre santé

Mis à jour : févr. 19


C'est avec le swag existentiel un chouïa corrompu que je me suis mis au TETRIS en mode pépouse. Durant 4 jours, je m'y suis adonné quotidiennement à raison de 30 minutes par pavé de 24 heures. Cette posologie digne d'un shaologue expérimenté m'aura secoué le tonus vital d'une bonne tonne de briques! J'étais gonflé à bloc!... Voici donc 3 effets ahurissants de la chute contrôlée de tetrominos sur la santé.


1. Stimulation à la rétention des rêves


Ma capacité de rétention onirique n'est pas aussi tonique que mes pecs, et c'est en quoi il m'eut été fascinant, et ce dès ma première nuit de traitement, de faire des rêves qui ont consciemment incorporé ma véhémente vogue grâce à TETRIS. C'est qu'en ayant les formes tetrominales bien en tête, la mémoire de travail en vient à discerner les formes selon les modalités du jeu. La magie s'opère puisque la mémoire de travail est active par rapport à la phase d'éveil, ce qui fait en sorte que dans la phase de sommeil, cette même mémoire remarque les formes du rêve de manière consciente. Voici quelques exemples:


Le slim dandy dans la clope du bourgeois


Le bourge clopine tranquillos lors d'une soirée mondaine quand soudain je remarque que sa cigarette à la forme, et non pas l'allure d'une barre tétrominale. Je me rends compte immédiatement que je ne suis pas dans la réalité puisque je ne suis pas dans un monde dans lequel je sais où est mon ordinateur, cet objet porteur du jeu; je suis dans un rêve et je l'autorise à me farcir l'âme. Des coups de feu se font entendre dans le centre des congrès, et au lieu de tourner au cauchemar -ce qui fût arrivé si j'avais été victime non-consentante du rêve- l'affaire tourne au piège de cristal dans lequel j'incarne le réal, l'acteur, les figurants, le décor: je suis omniscient et ça c'est ok, c'est bat, c'est in.

Petite clope clopine bien copain-copine!

Le carré d'une rôtie


Je fais la file dans la cafétéria du Cégep de Ste-Foy. C'est interminable. Les comptoirs s'enchaînent tandis que mon plateau essaie de se déchaîner du vide qui s'installe... jusqu'au moment où je reçois une rôtie, qui telle la clope provoque le déclic; c'est le carré tétrominal! Je me rends compte que je peux sortir les liasses et inviter tout le monde au St-Hubert: poulet piri-piri pour tout le monde, et que ça saute!


La rôtie, objet de tartinage par excellence.

Le tee de la frégate


Je déjeune avec Marlon Brando sur une terrasse de la Riviera quand tout à coup une frégate s'approche au large. J'y perçois le T tétrominal: déclic. Je pars avec Brando à la nage. Nous nous infiltrons dans le vaisseau pour y trouver un équipage, ou plutôt une équipage entièrement féminine. Il va sans dire que le port de l'uniforme n'était pas obligatoire... Je n'extrapolerai pas plus, si ce n'est que j'ai vu la pole de Marlon. Le moment fort de tout l'abordage, pour sûr.



Appelez-moi Capitaine Paris.

2. Exploration transcendantale du TETRIS effect


Comme certains le savent peut-être, la drogue, c'est mal (#wink)! Même un sale cleb n'y toucherait pas, et c'est en sale cleb que je n'y ai jamais touché. En cela, le TETRIS effect fut ma première expérience psychosensorielle de dope. J'ai donc vécu le monde selon un état inaccessible en l'absence du substrat ad hoc. Quel voyage... L'univers s'est emboîté, la beauté s'est révélée, le cosmos qui en mon être s'est formellement régulé en back-to-back Tetris combo, de jour comme de nuit dans mon esprit maître de tout.


Je recommande la méditation tétrominale à quiconque souhaite réaliser que l'illusion cosmologique est capable de bien plus que de nous faire sentir zen, c'est-à-dire plein et vide en même temps; elle peut nous faire monter dans les leaderboards existentiels, car le scoring c'est important. Alors voilà, je l'affirme haut et fort: nous pouvons être un bouddhiste performant grâce à la coke au TETRIS.


Jardin zen, parfait pour faire méditer son sale cleb sous coke.

3. Ouvrir son esprit: le cas DAMN


Dernier point et non le moindre, TETRIS m'a aussi permis d'apprécier des choses par dessus lesquels j'étais passé avec un bulldozer-jugeur, car non-bénéficiaire d'une conjoncture propice à laisser ces choses me passer dessus avec un bulldozer bien dosé.


Analysons ensemble le cas DAMN de Kendrick Lamar.


Ceci a été écrit le 13 juillet 2018:

"DAMN est globalement tributaire de l'envie d'une génération entière à s'extirper de la masse en déplaçant la masse en entier, pas-à-pas de fourmis dans la marche de la convention.


Kendrick Lamar a insufflé le strict minimum d'idées artistiques à son objet, donnant à ces jeunes fumeurs d'herbe post-modernes et à ceux qui suivent leurs vapes le prétexte d'un étonnement collectif se réverbérant dans les dollars et le swag.


Il y a un paradoxe malsain dans le fait d'être considéré comme un créateur alors que l'on est qu'un artisan de son succès, tout comme le fait de se considérer mécène d'un créateur alors que l'on est seulement consommateur d'un produit commercial de qualité.


Je ne doute toutefois pas de l'honnêteté de Lamar ainsi que de ceux qui l'écoutent, car cette qualité n'est pas factice. Je ne fais que remettre en question leur processus critique en mettant de l'avant leur incompétence à parler d'innovation hors-troupeau. La question renversée est tout aussi intéressante; et si mon processus critique battait de l'aile en raison de mon incompétence à expérimenter les mouvements populaires? Une chose est sûr, c'est que je ne suis pas populaire. Bouhouhou..."


16 juillet 2018:


Fuck me, 3 jours plus tard j'ai toujours DNA dans le corps et je continue de penser à l'album comme si je tenais désespérément à l'aimer. Probablement un relent de ma négrophilie latente (nous y reviendrons un jour, mais je vous laisse pour l'instant sur ce léger malaise) conjugué à un désir d'appartenance à ma génération. C'est comme si mes souvenirs par rapport au disque étaient source de plaisir, mais qu'au moment de stimuler ce plaisir par son objet, tout s'écroulait. Je vais devoir trouver une solution..."


Qui eût cru que la solution résidait dans le TETRIS?


Écouter l'album en jouant, c'est donner consentement à mon cerveau pour se faire pécho par de l'artisanat simplet sans que mon jugement ne vienne targuer l'expérience de simplette et mon être de traînée. MAIS QUELLE JOIE de se libérer de mes préjugés artistiques, ceux qui m'empêchent d'apprécier à peu près TOUTE la musique du monde! Mon esprit en tant que joueur est souple et libre en raison des limitations cognitives induites par les implications logistiques de la chute des blocs. J'ai donc appris qu'il fallait se défaire de notre concentration égoïstique pour pouvoir apprécier les choses inappréciables. En gros, le TETRIS nous permet de devenir un flanc mou intellectuel, et pour un mec solide comme moi, ça fait un bien fou. Attendez, est-ce que c'est vraiment ce que je voulais dire?


Bref, DAMN: maintenant un prétendant au titre d'album de l'année 2019... Est-ce que ça aurait à voir avec la façon de Kendrick à empiler les mots en mode combo tetris back-to-back t-spin all clear? Peut-être...


Mais bon, je me suis lassé depuis que je n'en ai plus rien à battre de ce jeu à la con.



©2019 by Shaologie. Proudly created with Wix.com