• Frédéric Paris

Épiphanie de la nature morte

Mis à jour : févr. 19


A Manhattan ratchet getting ready to eat the monster. (23/06/2019)

Comme vous le savez tous, Mzungu Shao est avant tout un glock-trappeur. Mes dernières traques m'ont amené à effleurer de tout mon être fugitile l'authentique nature. D'une petite plage du Maine jusqu'à Manhattan, la nature sponsorise un nombre effarant d'activités touristiques.


Voyez vous, en tant que sponsor officiel de l'existence, la nature se vend partout à très faible prix, mais comme les humains sont souvent bien radins, rares sont ceux qui déboursent leurs précieux centimes pour la visitée en tant que touriste permanent, en tant que trappeur de bonheur bon marché, le glock cocked au poing.


Laissez-moi vous partager les moments les plus mémorables de mon voyage par l'entremise de petites cartes-postales faites maison dans le seule et unique objectif de vous escroquer l'épiphanie naturel d'un bon coup de misanthropisme humaniste dans les noix. Vous pouvez aborder chaque instantané dans l'ordre qui vous plait, car ils sont affligés d'une certaine synonymie...


"Portrait d'une nature condamnée"

La pornographie chélonienne en nature urbaine est une spécialité new-yorkaise de longue date. Ces pauvres bêtes ne se rendent pas compte qu'elles sont condamnées par leur condition citadine forcée. Victimes sans le savoir, elles vivent une vie heureuse à baiser en public sur la grève du Jacqueline Kennedy Onassis Reservoir. Central Park est leur prison synthétique fait de composite 100% naturel.


Trève de plaisanterie: l'approche du tigre est à essayer pour tout amateur de kamasutra.

Cliquer sur l'image pour les instructions.


"La fausse nature"

Un volcan de brique duquel émerge nos enfants émerveillés par les jeux d'artifice. Ils ne savent pas que les matériaux utilisés pour construire cet édifice proviennent probablement du labeur de travailleurs exploités, que la machinerie nécessaire à sa fondation a pollué la terre, que la fumée smoggifère qui ne s'en émane surprenamment pas leur filera un jour le cancer ou une autre poisse. Ils jouent, et leur plaisir est ce qu'il y a de plus naturel à New York.


Au-delà de ça, c'est le plus beau parc pour enfant que j'ai vu de toute ma vie. Il s'harmonise tellement bien avec l'environnement. Une prouesse d'architecture organique.

Le Tarr Family Playground, à visiter.


"La nature vraie"

Dans quelques centaines de milliers d'années, un individu de ce proto-village de bernards l'hermite découvrira par hasard comment faire l'usage de la biomasse d'une carcasse de crabe pour griller quelques mangeailles balnéaires.


Ce sera l’événement d'une extraordinaire première decapodale mondiale: le banquet d'algues rôties originel. À ce moment, le proto-village sera déjà probablement bien habile au maniement de quelques outils rudimentaires, notamment du fameux panier-coquillage servant à rendre la collecte de vivres plus aisée.


Une dizaine de milliers d'années plus tard, un individu de ce qui sera désormais une jolie bourgade maritime à peu près citadine dira à l'un de ses compagnons que les bernards l'hermite ont serrer la pince un peu trop fort et que les nouvelles carapaces à croissance automatique sont contre-natures.


Son interlocuteur lui rappellera alors que les paniers-coquillages du décapodal archaïcoquille étaient aussi dénaturels à leur manière.

Le premier, offusqué, répondra alors que ça n'a rien à voir. Il quittera la cité pour aller scander la nouvelle sur tous les conques: "le monde devient artificiel et nous, les bernards l'hermite, le corrompons".


De son côté, l'interlocuteur subjugué par ce manque de considération rentrera chez lui et fermera son clapet en hermite devant la révolution grimpante, appréciant la nature telle qu'elle est, mais sans amis. À jamais il se demandera quelle est la différence entre la meuf qui se bricole un panier coquillage et le mec qui se bidouille une auto-carapace.


"Portrait d'une nature offusquée"

Cet homme est extrêmement fâché et beau. Derrière les palissades de l'estacade en arrière-plan se cache des commerces où l'on vend des tas de verres fumés jetables en plastique de pacotille, un salmigondis de mets obésitaires constitués d'objets génétiquement modifiés servis dans des couverts en mousse styrolisée parsemant subséquemment les vagues d'une chorégraphie à base d'un va-et-vient nauséeux... Et c'est sans compter tous ces pauvres types qui utilisent leur précieuse vie pour vendre ces déchets au prix gonflé par la conjecture d'un monde essoufflé.


Ah...


Mais le plus dénaturel dans tout ça, c'est la complexité de la colère de cet homme. Cet état de fait nourri sa colère du plus parfait combustible: son cerveau s'est artificialisé par excès de développement, le condamnant ainsi à une frustration autophage et autoregénératice.

Une vision d'infini.

C'est le vertigo du swag existentiel.


Je souhaite sincèrement à tout le monde de le vivre un jour, car c'est à mon avis l'un des seuls moyen de sentir la vraie puissance humaine.


Les titres de toutes les oeuvres sont évidemment interchangeables, mais on s'en fout. L'important, c'est juste de continuer à se dire que l'on serait plus heureux si tout était resté naturel. En attendant, travaillons fort pour économiser et utiliser des ressources qui nous servirons à retrouver la vraie nature: les montagnes, les forêts, les mers, les déserts... Tous ces pièges à touristes qui pensent y trouver la paix.

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